Violences conjugales : Laurent Gumbau, le procureur de Tarascon, demande plus de moyens


07 juin 2021

Les procureurs d'Aix, Marseille et Tarascon viennent de publier un communiqué dans lequel ils rappellent leur action et réclament des moyens humains supplémentaires pour faire face à cette mission élevée au rang de grande cause nationale

"La lutte contre les violences conjugales est une priorité majeure de tous les parquets du pays et, bien évidemment, des trois procureurs du département des Bouches-du-Rhône. Depuis des années, nous avons conduit des actions de partenariat avec les services de l’État, avec les collectivités territoriales et avec le milieu associatif pour faire émerger les plaintes et venir en aide aux victimes. Grâce à l'AVAD et à l'APERS, des évaluations personnalisées de la situation des femmes victimes de violences au sein de leur couple sont effectuées pour permettre à la justice de prendre des décisions aussi fines que possible; des enquêtes portant sur la personnalité des auteurs sont réalisées afin d’évaluer leur niveau de dangerosité et pour adapter au mieux la sanction.

Des protocoles ont été signés avec les médecins et les hôpitaux pour améliorer et accélérer la prise en charge des femmes lorsqu’elles se présentent pour recevoir des soins et demander un certificat médical. Des formations ont été dispensées et des référents désignés au sein des parquets et des services d’enquête; des intervenants sociaux sont présents dans les commissariats et les gendarmeries.
Depuis des années, les procureurs ont donné des instructions aux services de police et de gendarmerie pour un traitement prioritaire de ces dossiers. Un nombre de plus en plus important de plaintes est enregistré. Elles sont orientées par les parquets parce que les femmes hésitent de moins en moins à parler et à saisir la justice. Les parquets ont mis en place, avec succès, des systèmes de protection comme les téléphones grave danger et déploient les bracelets anti-rapprochement depuis le mois de septembre.
Ce contentieux est devenu un contentieux de masse qui nécessite, au regard des enjeux humains qui le sous-tendent, une appréciation très fine, une réponse sur mesure. Chaque « féminicide » est un drame pour les magistrats, parfois un échec, mais il ne faut pas se tromper de
responsable. La justice intervient alors que la violence est, hélas, installée depuis déjà bien longtemps, alors qu’elle a servi d’exemple dans le couple parental de l’auteur pour régler les conflits, alors que l’alcoolisme ou les pathologies du comportement, l’intolérance à la frustration, l’impulsivité ne sont pas prises en charge ou peinent à l’être.

La justice intervient quand la main a frappé !

La prison protège un temps, mais après... Il faut des prises en charges pluridisciplinaires pour éviter la récidive, pour protéger efficacement les victimes. Le constat c’est qu’aujourd’hui les policiers sont en nombre insuffisant pour traiter ces enquêtes, le constat, c’est qu’aujourd’hui les magistrats sont en nombre insuffisant pour orienter finement ces dossiers, le constat, c’est qu’aujourd’hui les conseillers d’insertion et de probation sont en nombre insuffisant pour assurer un suivi efficace des condamnés. Il faut que dès demain, les parquets soient dotés de moyens humains supplémentaires, a minima des assistants spécialisés ou des juristes assistants, pour accomplir leur mission en ce domaine, mission élevée au rang de grande cause nationale."

Dominique LAURENS,
procureure de la République près le tribunal judiciaire de Marseille.

Achille KIRIAKIDES,
procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Aix-en- Provence.

Laurent GUMBAU,
procureur de la République près le tribunal judiciaire de Tarascon.

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